Les Débuts de la Chimie Organique
1820-1830

1) Les Origines

Le terme chimie organique désigne la chimie des composés organisés. Nicolas Lémery (1645 - 1715) a montré que la séparation des grands règnes de la classification des naturalistes (règnes végétal, animal et minéral), se répercutait dans les composés chimiques qu'on y trouve.

Cette discipline a été soumise au principe de la force vitale selon lequel, les composés de la vie ne pouvaient être créés que par une force divine.

Antoine Laurent de Lavoisier (1743 - 1794) la définit comme étant la chimie des composés contenant carbone, hydrogène, oxygène, phosphore et azote.

2) L'Analyse Organique

Elle a connu plusieurs stades qui l'ont fait progresser rapidement. L'analyse immédiate se limitait à l'isolement de composés à partir d'un mélange naturel.

Michel Chevreul (1786 - 1889) publie en 1825 l'analyse de corps gras et lance ainsi la chimie des corps gras.

Lavoisier a proposé une méthode d'oxydation utilisant l'oxyde de mercure (HgO), mais elle était trop violente. Justus Liebig (1803 - 1873) perfectionne le principe avec une méthode plus douce utilisant CuO. Il dose ainsi CO2 et H2O en 1830. Il définit aussi les points de fusion et d'ébullition comme critère de pureté.

Pour doser l'azote, on faisait usage d'un tube de 90cm de longueur et de même diamètre que celui employé pour le dosage du carbone. Dans le fond de ce tube, on plaçait une certaine quantité de bicarbonate de sodium, puis on y versait un peu d'oxyde de cuivre pur, après quoi l'on y introduisait soit la substance solide que l'on mêlait avec une nouvelle quantité d'oxyde de cuivre, soit la substance liquide placée dans une ampoule ; cela fait, on ajoutait une colonne d'oxyde de cuivre pur, comme s'il s'agissait d'une analyse ordinaire ; seulement, on faisait suivre cette colonne d'une autre colonne de cuivre en tournure. on obtenait ainsi le volume d'azote, qu'il était aisé de convertir en partie.

Pour doser le chlore d'une matière organique, on chauffait celle-ci au rouge sombre, avec de la chaux vive bien pure, dans un long tube de verre peu fusible. On plongeait ensuite le tube encore chaud dans un verre contenant de l'eau. Le tube se brisait, la chaux se délitait; on la dissolvait dans l'acide azotique étendu et on filtrait, puis on ajoutait de l'azotate d'argent. Il se formait du clorure d'argent qu'on recueillait, qu'on lavait et qu'on pesait après l'avoir fondu.

Pour doser le soufre, on le faisait passer à l'état d'acide sulfurique que l'on combinait avec la baryte. Pour cela, on chauffait la matière à 150°, dans un tube scellé, avec de l'acide azotique de densité égale à 1,2; on dissolvait dans l'eau la matière ainsi chauffée, et on dosait dans le liquide l'acide sulfurique à l'état de sulfure de baryte.

L'analyse élémentaire des composés organiques d'un corps était certainement un grand progrès dans cette partie de la chimie; cependant il n'en résultait pas qu'on pût tirer de cette composition des conséquences de grande portée; tout ce que l'on avait pu en conclure se réduisait à séparer les composés organiques en classes, distinguées par le rapport qui existait entre l'oxygène et l'hydrogène:

  1. Ceux dans lesquels ces deux corps existaient dans des proportions convenables pour former de l'eau.
  2. Ceux dans lesquels la quantité d'oxygène était en excès sur ces proportions.
  3. Ceux dans lesquels c'était, au contraire, l'hydrogène qui se trouvait en excès.

Mais depuis que Jöns Jacob Berzélius (1779 - 1848) eut imaginé de représenter chaque corps simple par un simple symbole et les composés de ces corps par des formules rationnelles, et que l'on en fit deux composés organiques, cette nouvelle voie ouvrit à l'étude de la chimie organique un champ pour ainsi dire sans limites. Ces formules permirent non seulement d'établir des rapports de famille entre les divers composés, mais aussi de prévoir les dédoublements que l'on peut opérer dans cette constitution pour produire d'autres corps connus, ainsi que toutes les transformations qu'il est possible de leur faire subir; alors seulement les résultats ont acquis toute leur valeur.

3) Concepts

a) l'isomérie

Friedrich Wohler (1800 - 1882) et Liebig en sont l'origine en 1823.

Liebig prépare, à partir du fulminate de mercure, de l'acide fulminique C=N-OH

Wohler prépare de l'acide cyanique NC-OH à partir du cyanate d'argent.

Problème : deux corps de propriétés différentes ont même composition. Chacun refait les expériences de l'autre et ils arrivent aux même conclusions. Berzélius explique le phénomène en disant que la différence de propriété, peut être due à des assemblages de liaisons différents entre les atomes.

b) la force vitale

Wohler synthétise également l'urée à partir de cyanate d'ammonium. C'est la première synthèse d'un composé organique à partir d'un composé inorganique. On peut donc faire de la chimie organique sans aide divine. L'idée de force vitale est bannie.